la Bande du Belge

la Bande du Belge
Après le passage en prison de Francis le Belge, le groupe de jeunes voyous de la Belle-de-Mai dont il fait partit mutte peu à peu en bande. Bande dont Francis prendra progressivement la tête. Il ne s'agit pas encore d'un clan, mais c'est déjà ça. On y compte Antoine Cossu, dit plus tard "Tony l'Anguille" et futur amant de Simone Vanverberghe, la soeur de Francis, ainsi que Robert Di Russo, Charles Filippi, Victor Funenia, Émile Chessa, Sebastiano Denartis, Émile et Jean Pardo, Daniel et Gérard Alesso.


Solidaires, ces jeunes le sont. Le 26 octobre 1966, en fin d'après-midi, deux hommes du GRB apperçoivent Antoine Cossu, frappé par cinq mandats d'arrêt, au bar de la Gaieté et s'avancent pour lui passer les menottes. La scène se déroule en plein coeur du quartier de la Belle-de-Mai et le Belge ne laissent pas les policiers faire. Certains de ses collègues voient la scène et croient qu'il s'agit d'une bagarre avec des concurents. Ils sont une demi-douzaine à s'interposer à coups de poing et de pied. Antoine Cossu tente de s'enfuire, et un des policier lui tire une balle dans le dos. Les deux agents, submergés, s'enfuient chercher du renfort à l'Évêché, le principal commissariat de Marseille. Les jeunes de la Belle-de-Mai, s'étant rendu compte de la blessure de "Tony", ravage le bar de la Gaieté dans un élan de rage. Lorsque les renforts de police arrivent, les voyous ont déguerpis, mais sont vite rattrappés. Au tribunal, lorsqu'on reproche à Francis Vanverberghe d'avoir fui la police, il déclare que... c'est la rue qui était en pente. Quand à la bagarre, il se dit innocent et déclare ne même pas connaître Antoine Cossu. Un comble quand on sait qu'ils sont alors les meilleurs amis du monde. La formidable "mécanique d'intelligence" dont fera plus tard preuve le Belge ne semble pas tout à fait au point, même si son avocate de l'époque, Me Camille Guidicelli, dira que, déjà, "il débordait d'intelligence et de vitalité". Il écope finalement d'un an de prison pour coups et blessures le 15 juin 1967, une semaine avant la mort de son père.

Cette année-là voit aussi naître la fille de Francis : Sylvie Borel. En prison lorsqu'il l'apprend, le Belge est fou de rage. Il n'a jamais voulu d'enfant et décide de ne pas déclarer sa fille (voilà pourquoi elle ne porte pas le même nom de famille que son père).
# Posté le mercredi 08 juin 2005 12:16
Modifié le mercredi 08 juin 2005 13:39

Antoine Cossu, dit Tony l'Anguille

Antoine Cossu, dit Tony l'Anguille
Voilà, j'ai pensé bon de faire un article retraçant le parcours mouvementé de Tony l'Anguille, le collègue du Belge qui fera office de bras droit du caïd, au moins jusqu'en 1977. Il ne s'agit là que de la première partie de sa vie, et l'article s'arrête donc à 1973.

Antoine Cossu, dit Tony l'Anguille

Naissance le 11 mai 1940 à la Belle-de-Mai. Selon son enquêteur de personnalité, il a reçut une éducation "assez sévère de la part de son père, qui savait se faire respecter tout en apportant à ses enfants l'affection qu'ils pouvaient attendre de lui. Sa mère leur délivrait également cette tendresse maternelle".

Étant du même quartier qu'eux, Antoine fréquente assez tôt les enfants de la famille Vanverberghe, et notamment Francis "le Belge". Ces deux hommes sont très amis et lorsque le Belge commencera à monter les échelons de la pègre, Antoine deviendra vraissemblablement son bras droit. Par ailleurs, il est aussi très lié au frère de Francis, Joseph Séraphin, dit José, et à sa soeur cadette Simone qu'il a connu en 1964 alors qu'elle n'avait que 12 ans, et il deviendra son amant en 1976.

Antoine Cossu, son surnom il le doit à sa faculté d'échapper à la police comme une "Anguille". Première arrestation en 1959 à Paris pour braquage. Il glisse entre les mains des agents. "Individu toujours armé et extrêmement dangereux. Lors de sa dernière arrestation il était porteur d'un Colt 45 prêt à fonctionner et de plusieurs jeux de faux papiers" écrivent sur une note les policiers. En 1965, on le recherche pour le braquage d'un boucher lyonnais avec tentative de meurtre, en compagnie du dénommé Robert Toccard, survenu le 16 octobre 1965. À partir de ce jour, la vie de Tony sera un enchaînement de cavales, obliger de changer régulièrement de voiture et d'identité. Arrêté en 1965, il s'échappe le 31 décembre de cette année-là pendant son transfert du Palais de justice au poste du Palais Royal en se battant avec les policiers parisiens qui l'escortent. Le 26 octobre 1966 voit se dérouler l'épisode où Francis le Belge et ses amis s'interposent entre Tony l'Anguille et les policiers qui tentaient de l'embarquer. C'est d'ailleurs surtout à partir de cet évènement que Tony officiera avec dévouement au sein de la bande du Belge, tout en donnant quelques coups de main au clan Zampa. Sa réputation, déjà bien entretenue par ses différentes évasions, s'en voit encore aggrandie.

En cette année 1966, il est une nouvelle fois arrêté et s'enfuit de l'hôtel de police de l'Évêché, à Marseille, menottes aux poignets. Aux cinq mandats pour lesquels il est déjà recherché, Tony en ajoute un autre pour le braquage d'une banque à Bastia. Le 19 mai 1968, les policiers le pincent à Toulouse alors qu'il danse le flamenco. Ils ne parviennent à le maîtriser qu'au cours d'une violente bagarre. Envoyé à la prison Saint-Michel de Toulouse, Tony l'Anguille, qui porte décidément très bien son surnom, s'en évade 12 heures seulement après avoir vu sa soeur au parloir. Bruno Aubry, dans Les Parrains de la Côte, décrit son évasion ainsi : "il scie les barreaux de sa cellule puis saute dans un jardin potager. À l'aide de perches à tomates liées les unes aux autres, il arrime un crochet au faîte du premier mur d'enceinte haut de 6 mètres. Il est alors 3 heures du matin. Il gagne ensuite la cour intérieure de la prison à l'aide d'une corde confectionnée avec la toile de sa paillasse et d'un grappin de fortune bricolé avec l'anse d'une poubelle. Un câble lancé de l'extérieur lui permet de gravir rapidement le second mur de l'enceinte. Astucieux, ingénieux, sportif... Tony a aussi beaucoup de chance. Un gardien le voit au moment où il franchit le dernier handicap et court sur le mur de ronde. Il le met en joue, tire mais l'arme s'enraye. Cossu est libre".

Et une fois dehors, fidel à son habitude, Tony ne chôme pas. Il commet des braquages en Espagne et une série de hold-up en France avec la bande de Pierre "Neuneuil" Remond. Arrêté le 1er juillet 1969,à Alicante en Espagne pour une agression à main armée, il s'évade le 5 mars 1971 de la prison de Tarragone. Mais son arrestation du 24 avril 1971, elle, ne précède aucune évasion. Cossu est condamné en 1973 à 15 ans de prison pour la tentative de meurtre sur un boucher lyonnais qu'il avait commis en 1965, même s'il se dit complètement étranger à l'affaire. Cette fois-ci, il effectuera normalement ses années de prison.

Ses incessantes vadrouilles lui auront donné une "vie instable qui ne lui permet pas de fonder un véritable foyer" remarque l'enquêteur de personnalité.
# Posté le mercredi 08 juin 2005 12:23
Modifié le samedi 18 juin 2005 07:59

Le Caïd

Le Caïd
Le 26 février 1968, alors qu'il n'a que 22 ans, Francis le Belge est inscrit au Fichier Spécial du Grand Banditisme, avec la mention "individu dangereux vivant du vol et du proxénétisme". Il est décidement très précoce. Le Belge est désormais un caïd. À sa bande d'origine viennent s'adjoindre d'autres marginaux: Michel Hadjilouloudes, Albert Franconi, Nonce Ashiero, Noël Filippi...

Le jeune Vanverberghe va encore enfoncer le clou en se lançant cette année-là dans le trafic international d'héroïne (autrement dit la French Connection), par l'intermédiaire de deux surdoués en la matière, de la même génération que lui : Jean-Claude Kella et Laurent Fiocconi. Ces deux-là, qui sont en contact avec le plus gros acheteur d'héroïne des USA, Louis Cirillo, ont la structure. Le belge et ses hommes ont, eux, l'argent et l'ambition. Régulièrement, tout ce beau monde se rend en Espagne pour leurs affaires. Et en décembre 1968, ils sont tous arrêtés dans une ferme de Gérone en Espagne. Après quelques mois de prison, ils sont libres. Et c'est là que le trafic démarre vraiment. Les affaires sont traitées à Paris, dans le quartier des Champs-Élysées, plus tranquille que les quartiers populaires de Marseille où reigne une faune louche.

Omar Charif écrit dans son livre Quai du Belge à propos du trio Vanverberghe-Kella-Fiocconi : "ces jeunes gens sont avides, beaux, ils estiment alors comme Tony Montana, le héros du Scarface de Brian De Palma, que le monde est à eux".

Avec Fiocconi et Kella, le Belge aurait prit part à l'énorme affaire du Caprice-des-Temps, ce bateau qui transportait plusieurs centaines kilos d'héroïne (425 le jour de sa saisie) à chacun de ses voyages de la Méditerranée vers les États-Unis. En 1971, Francis le Belge aurait même participé au sommet de Casablanca entre pontes français de la poudre et mafieux italo-américains, qui avait eu lieu dans le but de réorganiser la French Connection. Dans ce cadre, Francis Vanverberghe est ré-arrêté, le 25 avril 1971, puis libéré quatre mois plus tard. Entretemps, il a fait la rencontre de Jo Signoli. Peut-être en prison d'ailleurs. Une aubaine, étant donné que Kella et Foccioni ont été arrêtés en Italie en 1970. Le Belge prend donc leur place et se met à trafiquer avec Signoli, installé à Paris et gérant du bar le Consul, avenue de Friedland. Pour traiter des transactions, le Belge aime aller au Fouquet's, un établissement qu'il fréquentera jusqu'à la fin de sa vie. Outre Signoli, il est très probable que le Belge était aussi en affaire avec d'autres personnes, comme Alexandre Salles ou François Scapula, chimiste très doué qui n'a, à l'époque, pas encore gagné le prix de plus grosse balance du Milieu. En 1977, un juge dira à propos de Francis le Belge qu'il est "organisateur en deuxième plan, associé de Fiocconi et successeur de ce dernier, intelligent, jeune loup, déjà quatre fois condamné, ne peut invoquer aucune excuse atténuante".

À Paris, le Belge fait aussi la connaissance de Jacky le Mat et Tany Zampa, lors de son passage éclair dans le bande des Trois Cannards. Les trois hommes se fréquentent et ont leurs habitudes à l'Ascensseur, une boîte de nuit de Marseille située place Thiars. Si les liens entre le Mat et le Belge sont surtout amicaux, il n'en est pas de même pour Zampa, avec qui il s'agit surtout de marchander la schnouff. En vérité, les deux hommes ne s'aiment pas vraiment...
# Posté le mercredi 08 juin 2005 13:26
Modifié le mercredi 22 juin 2005 08:21

LA FRENCH CONNECTION

LA FRENCH CONNECTION
VOICI UN ARTICLE SUR LA FRENCH CONNECTION EXTRAIT DU SKYBLOG DE DON GAETANO. Il est aussi bon de savoir que le trafic auquel a prit part Francis le Belge faisait partit de ce qu'on a appelé la "deuxième French Connection". Dans l'organisation à laquelle appartenait le Belge on trouvait, entre autres, le duo Kella-Fiocconi; Louis Cirillo, puis son successeur Rendel; le chimiste "aux doigts d'or" François Scapula; les passeurs Richard Berdin et Alain Labay (ils n'étaient sûrement pas les seuls); Jo Signoli et son accolyte Alexandre Salles; et enfin Francis le Belge qui, avec d'autres, finançait l'ensemble.


Voici l'article de Dongaetano :


Les premiers laboratoires clandestins de fabrication d'héroïne ont été découvert près de Marseille, en 1937. Ces laboratoires appartenaient au légendaire parrain corse Paul Carbone. Pendant des année, le Milieu français a été impliqué dans la fabrication et l'exportation, principalement vers les USA, d'héroïne. C'est à partir de ce réseau organisé que va naître la célèbre French Connection.

La matière première de l'héroïne expédiée vers les Etats-Unis venait de Turquie, ce qui explique que bon nombre de turcs gravitaient dans le Milieu à l'époque de la French. En effet, les fermiers turques étaient habilités à cultiver l'Opium (base de la morphine et donc de l'héroïne) et à le vendre aux laboratoires de fabrication de drogue (légaux) du pays. Les surplus étaient alors mis en vente à destination d'un marché beaucoup moins légal, celui du Milieu français. Un bon moyen pour les fermiers locaux d'arrondir leur fin de mois. La morphine base ainsi importée de Turquie était ainsi utilisée pour la fabrication de l'héroïne dans les laboratoires clandestins susmentionnés. Ceux-ci étaient localisés pour la plupart dans la région marseillaise et étaient principalement contrôlé par le Milieu Corse. C'est pour cette raison que certains évoque une « Corsican Connection » et non une « French Connection ». Le choix de Marseille n'était bien entendu pas innocent : la présence du port facilitait grandement l'exportation de la drogue, mais aussi l'importation de la morphine base de Turquie. Ainsi, le port s'est révélé être la véritable plaque tournante de la French Connection. De nombreux bateaux ayant pour origine des pays producteur d'Opium firent alors leur apparition dans le port. Dans le même temps, des quantités de plus en plus importante d'héroïne d'origine marseillaise ont commencé à débarqué aux USA, plus précisément à Manhattan (New York). Marseille était alors devenue la capitale mondiale de la drogue.

La première importante saisie a été réalisée à New York, le 5 février 1947, quand plus de 3 kg d'héroïne ont été saisi à un marin corse débarquant d'un navire qui était juste arrivé de France. C'est de cette date que les autorités ont eut la confirmation que le Milieu français n'était pas seulement impliqué dans le commerce d'Opium, mais qu'il avait parallèlement développé un véritable réseau international de trafic d'héroïne. D'autres saisies ne vont pas tarder à confirmer cela : le 17 mars 1947, 12.5 kg d'héroïne sont découvert sur le paquebot français « le Saint-Tropez ». Le 7 janvier 1949, c'est 23 kg d'opium et d'héroïne qui sont saisis sur le navire français « Batista »

La première affaire vraiment sérieuse liée à la French Connection éclatera en 1960. Le 3 octobre, les agents américains ont saisi pour 3,5 millions de dollars d'héroïne et arrêté 4 trafiquants parmi lesquels l'ambassadeur du Guatemala en Belgique, Mauricio Rosal. Cette affaire donnera une dimension politique à la French. En fait, durant toutes ces années, les enquêteurs ne saisissaient en moyenne qu'une centaine de kg de drogue par an. En réalité, c'est plutôt par semaine, et non par an, qu'une telle quantité de drogue etait fabriquée. Pour preuve, à lui tout seul, en usant de son statut diplomatique, Mauricio Rosal, a réussit à apporter pas moins de 200 kg d'héroïne sur le sol américain. En fait, un rapport annuel faisait état en 1960 d'une importation d'héroïne aux USA via la France portant sur une fourchette allant de 1200 à 2500 kg par an.

Ainsi, les trafiquants français ont continué à profiter de la forte demande américaine si bien que, en 1969, ils fournissent 80 à 90% de l'héroïne consommée sur le territoire américain. Cette forte demande n'était pas due au hasard. En effet, la drogue « made in France » était particulièrement appréciée par les junkies américains. Les chimistes français (c'est comme cela que l'on appelait ceux qui transforment la morphine base en héroïne dans les laboratoires clandestins) , dont le célèbre François Scapula ("le chimiste aux mains d'or") faisait partie, étaient reconnu pour fabriquer la meilleure héroïne du monde, allant jusqu'à 85% de pureté. Le meilleur de ces chimistes se prénommait Jo Césari, dit « M Jo ». C'est lui qui fabriquait la came la plus pure (plus de 95% ! !). A l'époque, il fabriquait 15 kg par semaine, chaque kg lui rapportant 3000 francs.

Compte tenu des quantités importées, la came française est très rapidement devenue facilement accessible pour l'ensemble des américains. Les hommes politiques américains ont décidés d'agir. Afin de limiter l'exportation de drogue vers les USA, ils ont choisi comme stratégie d'empêcher les trafiquants français de se ravitailler en morphine base. Les fonctionnaires des états-unis sont donc allés en Turquie afin de négocier l'élimination progressive de la production d'opium. Le Gouvernement turc a alors promis de limiter la production d'Opium à compter de 1968.

Après 5 années de concessions, politique menée avec l'appui de la coopération internationale, le gouvernement turc a finalement accepté en 1971 une élimination totale des cultures d'opium dans le pays. Ceci deviendra effectif le 30 juin 1972. Durant ces négociations prolongées, les forces de l'ordre vont véritablement augmenter leur moyen d'action de manière à venir à bout le plus vite possible de ce fléau : le 4 janvier 1972, des agents de la BNDD et les autorités françaises saisissent près de 50 kg d'héroïne dans un aéroport parisien. Parallèlement, les trafiquants Jean-Baptiste Croce et Joseph Mari sont arrêtés à Marseille.

En février 1972, des trafiquants français ont proposé à un sergent de l'US army 96 000$ si celui-ci acceptait de faire pénétrer sur le sol américain une centaine de kg d'héroïne. Manque de chance, ce dernier informa son supérieur de la man½uvre, lequel rapportera l'information à la BNDD. Après quelques semaines d'investigation, 5 hommes vont être arrêtés à New York et 2 à Paris, qui plus est avec pas moins de 120 kg retrouvé sur eux, ce qui représente sur le marché américain environ 50 millions de dollars. C'est le début de la fin pour la French connection. Sur une période de 14 mois, à compter de février 1972, pas moins de 6 laboratoires clandestins vont être démanteler dans les environs de Marseille par les autorités français, en collaboration avec les agents US de répression contre la drogue. Le 29 Février 1972, les autorité françaises vont interpeller à Marseille un bateau français, le « Caprice des temps », qui s'apprêtait à prendre la mer à destination de Miami avec 415 kg d'héroïne à son bord.

La force de frappe de la French s'en trouve alors véritablement mise à mal, jusqu'à devenir nulle en 1972. Entre 1970 et 1972, le nombre d'arrestations liés à la drogue est en effet passé de 57 à 3016.

La French Connection restera toutefois dans les mémoires comme l'un des plus grands trafics international de drogue que le monde ait connu, de part sa durée et les volumes atteints. Il a fallu les efforts réunis des autorités américaines, françaises, italiennes, canadiennes pour en venir à bout.
# Posté le mardi 14 juin 2005 13:17
Modifié le samedi 18 juin 2005 12:00

KELLA ET FIOCCONI

KELLA ET FIOCCONI
À la fin des années 60, alors que l'enrichissement des vieux chevaux de la French Connection touche à sa fin, un duo de trafiquants hémerge et va donner, avec d'autres, un second souffle à la French'. Il s'agit de Jean-Claude Kella et Laurent Fiocconi.









Le premier, né le 13 août 1945 à Toulon, commet ses premiers faits d'armes avant son futur collègue, comme cambrioleur. En 1963, à dix-huit ans, il connaît sa première condamnation, pour recel. Le 24 mai 1966, à Paris, il essuie une fusillade avec l'antigang pendant le casse de la société Coronis, Boulevard des Batignoles. Blessé et arrêté, Kella, que l'on appel "le Diable" ou plus courament "Yeux Bleux", est relâché par erreur en 1967. C'est vers cette époque que le Toulonnais rencontre Laurent Fiocconi, avec qui il va commettre quelques braquages avant de devenir passeur dans la French Connection à la fin des années 60.

Laurent Fiocconi, lui, est né en 1941. Il est le neveu de Jean-Thomas Giudicelli, connu dans le Milieu sous le surnom de "U Caputu", une pointure haut de game qui s'est retiré sur son île natale de Corse, à Pietrabella. Le tonton décide de lancer "Lolo" Fiocconi, que l'on appel aussi "Charlot". Et à la mort de Giudicelli en 1960, Fiocconi hérite de ses bars. Puis il rencontre Kella dans la deuxième moitié des années 60, et les deux hommes deviennent des inséparables. Braqueurs puis passeurs.

En 1968, ils font la rencontre du caïd marseillais Francis le Belge et entreprennent de rouler avec lui. Le Belge a en effet de l'argent à investire dans l'héroïne. Kella et Fiocconi ont, eux, le meilleur contact américain de ces années-là : Louis Cirillo. Il est le plus gros acheteur d'héroïne de New-York et fournit plusieurs familles mafieuses italos-américaines. Kella et Fiocconi sont les seuls truands français à avoir son contact. Cirillo propose alors au duo de transporter l'héroïne de la France vers les États-Unis par bateau. C'est le point de départ de l'affaire du "Caprice des Temps".

Mais avant de se lancer dans cette énorme filière, ils continuent les affaires. Avec la bande du Belge, ils se rendent régulièrement en Espagne pour le gros bizness. Et, fatalement, le groupe est arrêté en 1968 à Gerone pour trafic de drogue, et libéré peu après. Le duo travaille aussi avec un marseillais de Paris, Jo Signoli, qui les a contacté en août 1969. La majorité des envoies de drogue sont destinés à Louis Cirillo. Grâce aux sommes amassés, les inséparables Kella et Fiocconi claquent leur argent à Paris ou Marseille, s'exhibent en voitures sportives et flambent dans les boîtes de nuit. Leur premier million, ils le fêtent en 1970 en Italie, en compagnie d'autres voyous. Dans le même temps se monte en arrière-plan l'affaire du "Caprice-des-Temps".

Le "Caprice des Temps"

Le bateau du "Caprice des Temps", un thonier de vingt mètres, a été offert à Marcel Boucan par un lointain oncle de Fiocconi : Alexandre Orsatelli. Et il ne s'agit en rien d'un cadeau d'amitié : Orsatelli cherchait un capitaine pour transporter des cargaisons de drogue à travers l'Atlantique. Mais en avril 1969, l'affaire est ralentit par l'arrestation de "Yeux Bleux" Kella et "Charlot" Fiocconi aux États-Unis. Le duo, dénoncé par des passeurs, se trouvait aux USA pour superviser un petit arrivage. Leur caution est fixée à 200 000$. Preuve de l'importance de ce qui est en train de se monter : elle est payée illico-presto, semble-t'il par Orsatelli et un autre oncle de Fiocconi, Dominique Giudicelli, qui est l'un des principaux organisateur de la filière du "Caprice des Temps". Kella et Fiocconi quittent alors les États-Unis pour le Canada d'où ils regagnent la France, sous de fausses identités. Une habitude qu'ils ne perdront plus lors de leur "voyages d'affaires" afin de ne pas intriguer la police.

Et, en avril 1970, le premier voyage du "Caprice des Temps" a lieu. En plus de Kella et Fiocconi, y auraient prit part de manière importante Francis le Belge, Dominique Giudicelli, Alexandre Orsaletti et Jo Signoli. En ce mois d'avril 1970, donc, le "Caprice des Temps" quitte les Sables-d'Olonne avec à son bord, caché dans une coque spécialement aménagée, une centaine de kilos d'héroïne. Le bateau, piloté par Marcel Boucan, atteind les Canaries, puis Point-à-Pitre, et enfin les côtes de Floride. Prétextant la nécessité de réparations urgentes, le bateau est emmené dans un chantier discret. Là, Fiocconi et Kella livrent la schnouff aux acheteurs américains. La marchandise est ensuite transportée dans des voitures bourrées de poudre par des passeurs français. L'opération a été menée de mains de maître par le jeune duo.

En août 1970, les deux compères sont arrêtés à Gênes, en Italie, et extradés vers les USA en octobre 1971 pour deux autres affaires d'importation d'héroïne. Leur caution est de 250 000$ et est aussitôt payées, le 3 novembre 1971. Mais seulement une semaine après leur libération, ils sont à nouveau interpellés, pour une autre affaire. Entretemps, au printemps 1971, le "Caprice des Temps" fait une seconde traversée. Kella et Fiocconi à l'ombre, ce sont Alexandre Orsatelli et son ami Ange Santoni qui attendent la marchandise.

En février 1972, le "Caprice des Temps" quitte Villefranche pour un troisième voyage vers la Floride. Mais le bateau est stoppé par les douaniers, qui le fouillent. 425 kilos de shnouff y sont découvert. Il s'agit de la plus grosse saisie d'héroïne qui n'ai jamais eu lieu en Méditerranée. Le 19 mai 1972, Laurent Fiocconi et Jean-Claude Kella sont respectivement condamnés à trente et vingt ans de prison. Leur caution, fixée à 700 000$, n'est cette fois-ci pas payée. Normal : la filière du "Caprice des Temps" n'existe plus. Louis Cirllo est condamné à vingt cinq ans. En plus d'un tas de passeurs, Francis le Belge et Dominique Giudicelli sont eux aussi condamnés, en 1977, à dix-sept et quatorze ans d'emprisonnement.



PAR LA SUITE, LE BELGE ET KELLA-FIOCCONI NE TRAVAILLERONT PLUS ENSEMBLE. J'ARRÊTE DONC LEUR BIOGRAPHIE ICI. PAR AILLEURS, FIOCCONI ET KELLA VONT SE SÉPARER, DU MOINS COMMERCIALEMENT.



VOICI LES PRINCIPALES DATES DE LEUR VIE APRÈS LA CONDAMNATION DE 1972 :



LAURENT FIOCCONI

1972 : évasion de la prison d'Atlanta, par un commando qui n'a pas hésité à utiliser un bazooka.

1974 : Fiocconi, qui s'est installé en Amérique du Sud où il a continué ses activités de trafiquant internationnal, est arrêté et extradé vers les États-Unis.

2004 : ultime arrestation de Fiocconi, en Corse, pour un trafic de cocaïne.


JEAN-CLAUDE KELLA

1979 : libération après paiement de sa caution. Kella part s'installer à Toulon, d'où il continue les affaires.

1988 : il est arrêté au Mexique pour un trafic de coke portant sur 700 kilos.

1992 : il est relaxé dans cette affaire.

1993 : libéré contre une caution de 800 000 euros, fixée après les dénonciations de François Scapula.

1996 : relaxe dans l'affaire balancée par Scapula.

1998 : arrestation dans le cadre de l'affaire "Topaze", et condamnation à quinze ans de prison.


SUR LA PHOTO : JEAN-CLAUDE KELLA
# Posté le vendredi 17 juin 2005 18:03
Modifié le samedi 18 juin 2005 12:08